Les
journalistes sont assujettis à l'impôt sur le revenu, comme tous les
citoyens salariés. Néanmoins, les conditions d'imposition sont différentes
de celles d'autres catégories qu'il est utile de bien connaître pour
éviter les problèmes avec les fonctionnaires chargés du contrôle et,
notamment, en cas de signification de l'ouverture d'une procédure
de redressement.
Allocation
pour frais d'emploi
Les journalistes peuvent déduire de leurs revenus imposables
une allocation pour frais d'emploi de 7650 €.
Ils doivent rectifier la déclaration remplie préalablement
par l'administration et se basant sur les déclarations
des employeurs.
Exemple : un journaliste qui a gagné 25 000 € au cours de
l'année devra rectifier la somme remplie préalablement
et la remplacer par la somme de 17 350 € (25 000 – 7650).
Cette allocation a été négociée en 1998
après trois longues années de lutte par les organisations
syndicales, pour remplacer l'abattement de 30 % supprimé
par le gouvernement Juppé.
Les
dispositions applicables aux journalistes et assimilés ont fait
l'objet d'une note circulaire de l'administration
fiscale (BOI 5 F-14-99) qui dit :
« La rémunération des journalistes
et assimilés est considérée à hauteur de
7650 € comme représentative d'une allocation
pour frais d'emploi utilisée conformément à son
objet et, à ce titre, exonérée
à due concurrence d'impôt sur le revenu.
Les personnes concernées
Ce dispositif vise les professions journalistiques énumérées
au 1° de l'article 81 du code général des impôts
à savoir :
- les journalistes,
- les rédacteurs,
- les photographes,
- les directeurs de journaux,
- les critiques dramatiques et musicaux
Le bénéfice de ce dispositif est lié à l'exercice
effectif de la profession de journaliste.
Par conséquent, la simple possession de la carte d'identité
professionnelle de journaliste ne permet pas à elle seule de
bénéficier de ces dispositions. A l'inverse, l'
exercice de la profession de journaliste de manière effective
et continue sans détention de la carte ouvre droit au bénéfice
de ces dispositions.
La portée de l'exonération
Les rémunérations des journalistes et assimilés
sont, à concurrence de 7 650 €, représentatives
d'allocations pour frais d'emploi effectivement utilisées
conformément à leur objet. A ce titre et dans
cette limite, elles sont donc exonérées d'impôt
sur le revenu.
Cette exonération est acquise aux intéressés
sans qu'ils aient besoin d'apporter la justification de l'utilisation
de cette somme qui ne peut donner lieu à aucune vérification
de la part de l'administration.
L'exonération s'applique aux seules rémunérations
perçues ès qualités et dans le cadre effectif de
la profession, à l'exclusion des revenus de remplacement,
telles que les indemnités d'assurance chômage ou les indemnités
journalières de maladie. »
Option
des frais réels
Les journalistes pourront toujours opter pour les frais réels.
Il s'agit d'un choix individuel, qui, pour être
intéressant, doit être justifié par des frais
professionnels importants.
C'est un calcul à effectuer avant de prendre sa décision.
L'option peut se justifier lors de l'achat d'ordinateur,
d'appareil photo numérique.
Rappelons que les frais réels doivent être justifiés
et obligent le journaliste à fournir les factures.
Attention : l'option des frais réels suppose, outre l'abandon
de l'allocation pour frais d'emploi, l'abandon de
l'abattement de 10 %.
Réintégration
de frais
Certains frais exposés lors des reportages et remboursés
par l'employeur doivent être rajoutés à
la rémunération imposable. Pour la déclaration
des revenus de 2005, une circulaire de la Direction générale
des impôts fixait la règle suivante :
« Les allocations pour frais d'emploi effectivement
accordées par l'employeur, en sus de la rémunération,
doivent être ajoutées au montant brut de la rémunération
imposable des intéressés ; la prise en compte
des frais est en effet déjà effectuée par l'exonération
de 7 650 € de leur rémunération.
Doivent ainsi être rajoutés à la rémunération
des intéressés les remboursements dont ils ont bénéficié
qui correspondent aux seuls frais leur incombant personnellement
à raison de l'exercice de leur profession.
Pour les journalistes : ces frais sont rajoutés à la
rémunération imposable pour un montant annuel maximum
de :
- 1 905 € lorsque le salaire ne dépasse pas 763 €
par mois,
- 3 430 € lorsque le salaire excède 763 € par mois.
Pour les professions "assimilées" : il n'existe pas
de montant maximum.
Au contraire, les remboursements de dépenses avancées
provisoirement par les intéressés pour le compte de
l'employeur (« frais d'entreprise ») ne sont pas
à inclure dans leur rémunération imposable. »
Frais
de reportage et de voiture
Les frais de reportage sont remboursés par l'employeur.
Mais l'administration fiscale soumet ces remboursements à
un plafond. C'est-à-dire que tous les frais excédant
les montants ci-dessous doivent être réintégrés
aux salaires à déclarer.
La circulaire de l'administration fixe ainsi les plafonds :
« Indemnités de repas
Indemnités de repas sur le lieu de travail (par exemple,
« primes de panier ») versées aux salariés
contraints de prendre leur repas sur le lieu de travail en raison
de conditions particulières d'organisation ou d'horaires
de travail (travail en équipe, travail posté, travail
continu, travail en horaire décalé ou travail de nuit)
: 5,20 €.
Indemnités de repas hors les locaux de l'entreprise
(par exemple, « primes de chantiers ») versées
aux salariés qui travaillent hors les locaux de l'entreprise
lorsque les conditions de travail les empêchent de regagner
leur résidence ou leur lieu habituel de travail pour le repas
et qu'il n'est pas démontré que les circonstances
ou les usages de la profession les obligent à prendre ce repas
au restaurant : 7,70 €.
Indemnités de repas lors d'un déplacement
professionnel versées aux salariés en déplacement
professionnel et empêchés de regagner leur résidence
ou lieu habituel de travail qui prennent leur repas au restaurant
: 15,50 €.
Indemnités de grand déplacement en métropole
Par repas : 15,50 €
Logement et petit déjeuner (par jour) :
- Paris et « petite couronne » (départements 92,
93 et 94) : 55,80 € ;
- Autres départements : 41,30 €.
Indemnités de grand déplacement dans les DOM-TOM
ou à l'étranger
Barème des indemnités journalières allouées
aux personnels civils et militaires de l'Etat envoyés
en mission temporaire dans les DOM-TOM ou à l'étranger
(groupe I)
Les indemnités kilométriques, versées
aux salariés qui utilisent leur véhicule personnel pour
leurs déplacements professionnels, sont réputées
utilisées conformément à leur objet à
concurrence des montants résultant de l'application du
barème du prix de revient kilométrique publié
chaque année par l'administration.
Le salarié est tenu de justifier, sur demande de l'administration,
du moyen de transport utilisé, de sa puissance fiscale ainsi
que du kilométrage qu'il a parcouru à titre professionnel.
Dès lors qu'ils sont pris en compte par la déduction
forfaitaire de 10 %, les remboursements de frais de véhicule
pour le trajet domicile lieu de travail ne sont pas exonérés
d'impôt sur le revenu. »
Exclusions
La circulaire fiscale dit :
« L'exonération s'applique aux seules rémunérations
perçues ès qualités et dans le cadre effectif
de la profession, à l'exclusion des revenus de remplacement,
telles que les indemnités d'assurance chômage ou les
indemnités journalières de maladie.
Attention ! Si la rémunération perçue comme journaliste
ou assimilé est inférieure à 7 650 €, le
solde non imputé des 7 650 € ne peut pas être déduit
sur le salaire perçu au titre de l'exercice éventuel
d'une autre activité. »
Le journaliste en congé de maladie et au chômage perd
donc le bénéfice de l'allocation pour frais d'emploi,
de même que le retraité.
Particularités
et proratisation
La circulaire de la DGI apporte un certain nombre de précisions
pour certaines particularités d'application.
« En cas de modification de la situation familiale
dans l'année (mariage, divorce, séparation
de corps).
La limite de 7 650 €, dans laquelle la rémunération
des journalistes et assimilés est réputée être
représentative de frais d'emploi, doit être répartie
entre les périodes d'imposition au prorata des rémunérations
déclarées au titre de chacune d'elles.
Exemple : en cas de mariage le 12 avril et pour une rémunération
annuelle égale à 28 000 €, la répartition
des rémunérations selon leur date d'encaissement est
établie comme suit :
- 7 000 € pour la période d'imposition avant mariage,
soit 25 % de la rémunération annuelle ;
- 21 000 € pour la période d'imposition après mariage,
soit 75 % de la rémunération annuelle.
La limite de 7 650 € est donc répartie entre ces deux
périodes dans les mêmes proportions :
- 1 913 € pour la première période d'imposition
- 5 737 € pour la deuxième.
En cas d'année d'activité incomplète.
L'exonération doit être calculée en fonction de
la durée de l'exercice effectif de l'activité.
L'exonération est donc ajustée par application
d'un prorata déterminé en nombre de mois d'exercice
effectif de l'activité, la limite de 7 650 €
étant répartie sur 12 mois.
Exemple : début d'activité le 15 octobre, soit exonération
à hauteur de 7 650 x 3/12.
Remarque : lorsqu'un salarié exerce
une même profession auprès de plusieurs employeurs, la
somme de 7 650 € sera déduite une seule fois de l'ensemble
des rémunérations nettes annuelles perçues. »
La question de la proratisation fait l'objet de nombreuses
interprétations. Le SNJ-CGT, avec d'autres, soutient
que la loi fiscale ne prévoit aucune disposition allant dans
ce sens.
C'est ce qu'un jugement du tribunal administratif de Versailles
a confirmé le 22 décembre 2005 en ces termes :
« Aucune disposition législative et réglementaire
ne prévoit qu'un tel montant (de 7650 €) puisse
faire l'objet d'une réduction à proportion
du temps écoulé lorsque le contribuable n'a pas
exercé son activité de journaliste durant la totalité
de l'année d'imposition. »
Ce jugement concernait un pigiste dont le redressement a été
annulé.
D'ailleurs, pour les pigistes, l'administration avait,
par avance, admis notre interprétation. Dans un courrier du
30 décembre 2004, M. Jean-Louis Gautier, sous-directeur du
contrôle fiscal à la DGI, écrivait au SNJ-CGT
:
« S'agissant des rémunérations des pigistes
– dont par ailleurs la qualité de journaliste n'est
pas contestée – perçues au cours de l'année
civile, il y a lieu de considérer qu'elles correspondent
à l'exercice de l'activité de journaliste
tout au long de l'année. La limite de 7650 € ne
doit donc pas être proratisée à moins, bien entendu,
que l'activité de journaliste débute ou cesse
en cours d'année. »
En revanche, en cas de période de chômage, le ministère
reste inflexible.
Journalistes
exclus de l'allocation
Dans le même courrier au SNJ-CGT, l'administration persiste
à considérer que « la déduction forfaitaire
prévue à l'article 81.1° du code général
des impôts est susceptible d'être accordée
aux contribuables qui exercent effectivement une activité de
journaliste, c'est-à-dire qui apportent une collaboration
intellectuelle permanente à une publication périodique
en vue de l'information de ses lecteurs, relative à des
événements d'actualité, sans aucune distinction
en fonction de la périodicité des publications ou de
leur spécialité (notamment CE 1/04/92 n° 88837)
;
Dès lors, c'est à bon droit que le bénéfice
de la déduction pour frais d'emploi n'a pas été
admis pour un « maquettiste » dont les fonctions consistent
à préparer la mise en page et la présentation
formelle d'une revue ou pour un secrétaire de rédaction
dont le rôle ne peut être assimilé à celui
d'un rédacteur. »
Cette interprétation vient d'être balayée
par la cour administrative d'appel de Versailles dans un jugement
rendu le 9 novembre 2006. Celui-ci est particulièrement intéressant
parce qu'il concerne un couple de journaliste dont le mari est
secrétaire de rédaction et l'épouse chef
de service iconographique.
Le tribunal dit à propos du secrétaire de rédaction
:
« Il résulte du classement générique
des professions du journalisme établi par la convention collective
applicable à l'intéressé que le secrétaire
de rédaction fait partie des professions définies comme
participant à l'élaboration permanente des publications,
que M. T. produit, en outre, de nombreuses attestations selon lesquelles
il participait à la rédaction des titres et intertitres
pour légender les articles et les photos, réalisait
des coupes et ajouts afin de garantir la ligne éditoriale de
la publication, proposait des sujets en fonction de l'actualité
et participait à des conférences de presse ; que, par
suite, et alors même que ces attestations n'ont été
produites qu'en appel, M. T. doit être regardé
comme contribuant par une collaboration intellectuelle permanente
à une publication en vue de l'information des lecteurs.
»
A propos de son épouse, le tribunal dit :
« Il ressort de l'instruction que dans le cadre de
ses fonctions Mme T. participait aux conférences de rédaction,
proposait des sujets et commandait des reportages dans le respect
de la ligne éditoriale du journal ; qu'en outre elle
fait valoir que son contrat comportait des clauses spécifiques
en matière de création intellectuelle concernant ses
productions dans le magazine, les dispositions relatives aux droits
d'auteur étant en outre rappelées dans son contrat
d'engagement ; que, par suite, elle doit être regardée
comme apportant effectivement une collaboration intellectuelle permanente
à la publication en vue de l'information des lecteurs
et dont être regardée comme une journaliste au sens des
dispositions précitées de l'article 81 du code
général des impôts. »
En cas de redressement, le SNJ-CGT invite les journalistes à
prendre contact immédiatement avec lui ; il assiste les journalistes
dans toutes leurs démarches pour faire annuler le redressement.
Cotisation
syndicale
Rappelons que la cotisation à un syndicat professionnel comme
le SNJ-CGT est déductible des impôts sur le revenu.
Le taux de réduction est aujourd'hui de 66 % du montant
de la cotisation annuelle. Le SNJ-CGT fait parvenir une attestation
à chacun de ses adhérents en début d'année
pour justifier du montant d e la cotisation.
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